Interview avec dr. Miklos Erno Balazs


Dr. Miklos Erno Balazs, artiste mosaïste et professeur d’ateliers de mosaïques au service de la promotion de la francophonie.

Assis sur la grande mosaïque romaine de 42 mètres carrés, abritée au Musée d’Aquincum de Budapest, provenue d’une des salles de réception du palais du gouverneur de la province de la Pannonie Inférieure, et dont j’ai conduit la restauration.
Assis sur la grande mosaïque romaine de 42 mètres carrés, abritée au Musée d’Aquincum de Budapest, provenue d’une des salles de réception du palais du gouverneur de la province de la Pannonie Inférieure, et dont j’ai conduit la restauration.

 

Je suis Olivier Jakobowski, cofondateur de la plate-forme d’enseignement en français professionnel avec Alexis Courtial.  En septembre  2016, J’ai rencontré Miklos dans un groupe avec un niveau linguistique avancé que j’anime depuis quelques années chaque lundi soir et il est très rapidement devenu un camarade “vitamine”.  Grâce a sa maîtrise de la langue française, son diplôme aux Beaux-Arts de Paris, ses ouvrages à l’Institut Français de Budapest, sa stature d’enseignant de l’Art, sa large culture dans tous les aspects de la France et sa passion pour l’Hexagone, travailler ensemble sur des ateliers francophones d’un nouveau type s’est très vite imposé comme une évidence.

J’apporterai donc ma qualité de professeur natif avec 14 ans d’expérience et mon expertise et ma créativité dans les simulations et les jeux de rôle et lui son expertise et sa créativité dans le domaine de l’Art et la culture. C’est un plaisir de préparer ces ateliers avec lui car sa disponibilité et son perfectionnisme nous ont permis de concilier nos compétences pour vous créer des ateliers innovants et conviviaux. Notre prochain atelier se déroulera les jeudi 20 avril, jeudi 27 avril et jeudi 4 mai de 18h30 à 20h30.  Il reste encore quelques places. Contactez-nous si vous souhaitez y participer.

Miklos a bien voulu répondre à nos questions.

 

INSITU : Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir mosaïste?

Balazs : En fait, j’ai hérité le métier de mosaïste. Mon père était un très bon peintre coloriste, mais suite à un voyage d’étude aux États Unis il a pris goût à l’utilisation artistique de pierres naturelles, plus particulièrement des marbres colorés, façonnés par des procédés techniques les plus modernes. Il a fondé un atelier d’art familial à Budapest, où nous menions une activité double d’art plastique et d’art décoratif, toujours autour des pierres et de la mosaïque. Nous fabriquions des tables basses, haut de gamme dont le plateau était conçu en marqueterie en marbre, mais nous avons réalisé également de nombreuses mosaïques murales dans des édifices publics. A part de cela chacun de nous travaillait sur ses propres créations.

 

INSITU : Comment s’explique ta francophonie et ton attirance pour la culture française?

Balazs : La culture française a toujours été présente dans ma famille. Mon père était un admirateur des postimpressionnistes français, et mon frère ainé, mathématicien – informaticien citait souvent Blaise Pascal, le grand mathématicien et philosophe français. Eux aussi, ils parlaient le français. D’ailleurs mon père avait une cousine parisienne, Odile Grand, fameux journaliste à L’Evénement du jeudi.

 

INSITU : Peux-tu nous raconter ton expérience aux Beaux-Arts de Paris?

Balazs : En 1982 par miracle j’ai eu la possibilité de sortir derrière le rideau de fer et de tenter ma chance à l’examen d’entrée aux Beaux-Arts de Paris. A mon époque cela était impensable pour un jeune hongrois. Depuis la révolution de 56 j’étais seulement le second à obtenir la permission de sortir légalement et faire des études dans cet établissement emblématique de l’art, sans devoir demander l’asile politique à la France.

Voilà bientôt 40 ans de cela, mais la reconnaissance que je ressens envers le peuple français ne diminue pas. Imaginez donc! Venu du bloc politique adversaire, je n’ai subi aucune discrimination à l’examen d’entrée. Je suis parti avec autant de chances que mes jeunes camarades français. En plus à l’époque il n’y avait pas de droit d’inscription, même pas pour les étrangers, ce qui a largement facilité mon existence pendant mes années d’études.

 

INSITU : Aux Beaux-Arts, dans quel atelier as tu travaillé?

Balazs : Aux Beaux-Arts j’ai passé quatre années en session de peinture, où j’ai travaillé dans l’atelier du maître Riccardo Licata, un très bon peintre vénitien, béni d’un caractère très aimable, qui conduisait l’atelier de mosaïque, dont j’ai été élu massier. Cette école a toujours été le symbole de la liberté. Dans l’ambiance fertile de notre atelier, au cœur du Quartier Latin chaque instant offrait une nouvelle source d’inspiration. Le brassage des cultures des camarades venus de tous les coins du monde a enrichi notre connaissance sur le monde et a élargi notre horizon.

On avait des profs fantastiques. Robert Marchand, l’architecte nous a fait comprendre notre place dans l’univers. François Debord, le prof d’anatomie et de morphologie a dévoilé les secrets du fonctionnement des êtres vivants, et nous a offert toute une philosophie ouverte et bienveillante qu’il avait déduite de sa science. Par estime, et pour lui rendre hommage, à chacune des conférences que je donne moi-même, immanquablement je cite quasi rituellement une de ses phrases les plus mémorables.

Tout au long de mes études aux Beaux-Arts j’ai ressenti un grand besoin faire mes preuves, et finalement j’ai obtenu mon diplôme avec la mention très bien, en 1986, lors d’une exposition „flashmob”dans la Cour d’Honneur de l’école. Après j’ai présenté mes mêmes œuvres dans la Galerie de l’Institut Français de Budapest.

 

INSITU : Que s’est-il passé après les Beaux-Arts?

Balazs : Avec mes camarades parisiens Etsuko Miyoshi et Fabrice Vannier nous avons fondé le groupe de mosaïstes contemporains TRIGONE. Nous avons exposé par exemple dans la Galerie JAL aux Champs Élysées, à la galerie de l’aéroport d’Orly, dans la Galerie Visconti, mais nous avons monté une grande exposition au Musée d’Aquincum à Budapest aussi, où nous avons mêlé nos œuvres avec celles de nos prédécesseurs d’il y a presque 2000 ans.

 

INSITU : As-tu conservé des relations avec la France?

Balazs : Malgré ma décision de rentrer en Hongrie, et continuer mon activité de mosaïste, je n’ai pas cessé de cultiver des relations professionnelles avec la France. Lors du Premier Festival de Musique Électronique organisé par l’Institut Français de Budapest, l’attaché culturel m’a demandé de monter un spectacle visuel sur la scène, un sorte de performance, accompagnant le concert du musicien Marco Stroppa. Même aujourd’hui je considère ce spectacle d’illumination comme le plus grand exploit artistique de ma carrière.

En 1999 j’ai été collaborateur du peintre français Jean Bazaine, avec mon ami Fabrice Vannier. Nous avons réalisé à deux son ultime œuvre monumentale, L’Envol de la Liberté, une mosaïque de 70 mètres carrés sur la façade de l’Espace François Mitterrand à Saint-Dié-des-Vosges.

 Mise au point avec le maître Jean Bazaine, dans son atelier, devant le projet de son ultime œuvre murale, „l’Envol de la Liberté”, une mosaïque de 70 mètres carrés que nous allions réaliser avec mon ami et collègue Fabrice Vannier, artiste mosaïste français, sur la façade de l’Espace François Mitterrand à Sait-Dié- des-Vosges.
Mise au point avec le maître Jean Bazaine, dans son atelier, devant le projet de son ultime œuvre murale, „l’Envol de la Liberté”, une mosaïque de 70 mètres carrés que nous allions réaliser avec mon ami et collègue Fabrice Vannier, artiste mosaïste français, sur la façade de l’Espace François Mitterrand à Sait-Dié- des-Vosges.

 

INSITU : Quels ont été tes principaux ouvrages artistiques en Hongrie?

Balazs : En Hongrie j’ai conduit de nombreuses restaurations de mosaïques archéologiques (Musé d’Aquincum, Budapest), et des monuments historiques. (Palais Gresham Four Seasons, Basilique Saint Stéphan, Parlement, Académie de la Musique, etc.). Pour les chantiers qui offraient les plus grands challenges, j’ai fait appel à mon ami Fabrice, à qui j’ai confié la direction de l’équipe d’élite formée de restaurateurs et de mosaïstes, tandis que moi, je me suis plutôt occupé de l’organisation du chantier.

Tout compte fait il a dû séjourner à Budapest au moins une année entière. Les années passent, et Fabrice a pris le poste de professeur de l’atelier de mosaïque aux Beaux-Arts de Paris, l’atelier où nous avions grandi ensemble.

Expliquant les procédés effectués sur une des mosaïques romaines de la collection de Musée d’Aquincum de Budapest, provenue du palais du gouverneur de la province de la Pannonie Inférieure, et dont j’ai conduit la restauration.

 

Expliquant les procédés effectués sur une des mosaïques romaines de la collection de Musée d’Aquincum de Budapest, provenue du palais du gouverneur de la province de la Pannonie Inférieure, et dont j’ai conduit la restauration.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

INSITU : Tu es aussi enseignant : tu enseignes dans quelles Universités à Budapest?

Balazs : Ayant fait mon doctorat à l’Université d’Art Moholy-Nagy, occasionnellement j’enseigne l’art et la technologie de la mosaïque, notamment aux Beaux-Arts de Budapest et à l’Université Technique et Économique de Budapest. Évidemment, j’ai soutenu ma thèse de doctorat en français.

 

INSITU : Peux-tu nous expliquer ta décision de collaborer avec InSitu, cette plate-forme d’enseignement en français professionnel et  créée par Olivier Jakobowski et Alexis Courtial?

Balazs : Ma collaboration avec InSitu a eu un début assez marrant. Enseignant, à mon tour j’ai eu un jour envie de retourner derrière les bancs de l’école et de m’inscrire à un cours de conversation, afin de faire revivre mon Français. (Sacré subjonctif, maudite conjugaison, pièges méchants du Français soutenu !…) Comme j’ai peu de temps, je rêvais d’un atelier de langue efficace, conduit par un professeur natif français de préférence, qui soit aussi sympathique que performant, qui sache surtout éviter les lieux communs, mais qui soit apte et assez courageux pour aborder différentes thématiques même les plus dangereuses, que ce soit de la culture générale, ou de l’actualité politique.

C’est comme cela que mes amis m’ont suggéré les cours d’Alexis Courtial et d’Olivier Jakobowski, au sein de la plate-forme d’enseignement InSitu. Donc au départ je n’ai été qu’un de leurs clients enthousiastes, mais  j’imagine avoir été assez actif lors des cours. Après, au bout d’un certain temps  ils m’ont testé gentiment lors d’une invitation à une fête d’anniversaire, où j’ai dû me montrer présentable.

C’est alors qu’Olivier Jakobowski m’a offert une collaboration, à mon plus grand étonnement d’ailleurs. J’avoue qu’il n’est pas évident de travailler avec des collègues venus  de l’étranger. Nous avons incontestablement des caractères différents. Par exemple les Français sont assez réservés au départ, mais une fois qu’ils acceptent quelqu’un, une grande amitié peut en germer. Et dans le travail et dans les relations personnelles ils sont plus francs, plus directs, et ils n’emballent pas leur opinion, surtout si c’est destiné à être pris au sérieux. Il faut comprendre que cette franchise n’est rien d’autre qu’un signe du perfectionnisme qui les caractérise parallèlement à toute légèreté latine!

Pendant ma vie privée, comme lors de ma carrière professionnelle j’ai beaucoup profité de ma „french connexion”, et si j’ai l’occasion de réaliser quelques ateliers linguistiques avec InSitu, je suis ravi de pouvoir me mettre au service de la francophonie.

Inauguration solennelle de l’ultime œuvre monumentale de Jean Bazaine, „l’Envol de la Liberté”, une mosaïque de 70 mètres carrés que nous venions de réaliser avec mon ami et collègue Fabrice Vannier, artiste mosaïste français, sur la façade de l’Espace François Mitterrand à Sait-Dié- des-Vosges. En présence de Mme Bazaine, M. Christian Pierret, son Excellence l’ambassadeur de la Corée, et mon collègue Fabrice Vannier.
Inauguration solennelle de l’ultime œuvre monumentale de Jean Bazaine, „l’Envol de la Liberté”, une mosaïque de 70 mètres carrés que nous venions de réaliser avec mon ami et collègue Fabrice Vannier, artiste mosaïste français, sur la façade de l’Espace François Mitterrand à Sait-Dié- des-Vosges. En présence de Mme Bazaine, M. Christian Pierret, son Excellence l’ambassadeur de la Corée, et mon collègue Fabrice Vannier.

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